MINE ET USINE DE L'ARGENTELLA

Mine et usine de l’Argentella

Communes de Calenzana, Moncale, Galeria, département de Haute-Corse, mine de plomb argentifère (galène), de cuivre (chalcopyrite), à ciel ouvert et par galeries, usine de préparation de produit minéral (1856-1930).

Localisation :

- Carte IGN 1/25 000e, Calvi 4149 OT.

- Lieux-dits Capu di l’Argentella ; Valle Calde ; Ferraghiola ; Campo Astro ; Monte Martino ; Bocca bassa ; Ogliastrone.

Historique :

En 1572, la documentation atteste d’une activité minière dans cette localité : Bernardo Spinola, « …deputato sopra le minere di Corsica… » est appuyé par le Gouverneur de Corse pour obtenir l’aide du podestat del luogo di Calenzana, dans son entreprise de recherche de minerai.

Le plan Terrier, document fiscal rédigé à la fin du 18e siècle, fait mention de la communauté de Calenzana, au pied du mont largentella, où se trouve « une mine d’argent qui a été ouverte par les génois ».

Conformément au code minier de 1810, les Conseils Municipaux de Calenzana et Moncale accordent les premiers permis de recherche en 1847. Plusieurs demandes de concession sont déposées : celle de M. Pierragi, de M. Marini-Gavini ou de M. Le Coat de Kerveguen le 18 septembre 1849 … ce qui engendre de multiples procès.

Ce n’est que durant la seconde partie du 19e siècle qu’une volonté de mise en valeur se réalise : une concession d’une superficie de 2520 hectares est établie le 9 janvier 1856 au nom de la compagnie Moullet. La concession est étendue le 14 avril 1874. Mais les plus gros travaux sont réalisés à partir de 1872 et les années suivantes, après la cession de la concession à C. Collas. Un barrage est édifié, de nouveaux sites d’extraction mis au jour (le gisement de cuivre de Valle Calde), des bâtiments et le port Julia (baie de Crovani) sont construits.

Les rendements ne semblent pas très bons, et dès 1876, l’usine fonctionne par intermittence. En 1878 la production n’aurait été que de 30 tonnes de minerai à 75,5%. La mine est rachetée en 1886 par des investisseurs anglais qui fondent l’Argentella Mining Limited. Les travaux reprennent et occupent plus de deux cents personnes avant d’être à nouveaux abondonnés en 1888.

En 1891 l’Argentella Mining Compagny impulse une nouvelle dynamique mais les travaux cessent lorsque le site devient la propriété de Arthur C. Southwell, vice-consul d’Angleterre à Bastia. Celui-ci vend le matériel de l’usine en 1898. Le site fait l’objet de tentatives d’exploitation dans les années 1910, puis 1920. Des travaux sont effectués de 1928 à 1930 par la Société d’exploitation Minière de la Corse.

Description:

Les principaux travaux se situent à l’Ouest du cirque formé par le sommet du même nom et le cap Liceto, à flanc de montagne, sur un chemin conduisant au Capu di l’Argentella. Sur ce parcours, des piliers toujours visibles attestent du mode de transport du minerai, des galeries jusqu'à l’usine de traitement : celui-ci était évacué par téléphérique. Plusieurs galeries, parfois de quelques centaines de mètres de long, témoignent de l’ampleur des travaux de recherche. Sur la partie sommitale du site, outre plusieurs bâtiments abritant les ouvriers-mineurs, des filons de minerai ont fait l’objet d’une exploitation à ciel ouvert : ce lieu est appelé le grand couloir. Il s’agit d’un grand dépilage d’où partent plusieurs galeries et puits. C’est dans le granite que l’on retrouve de la galène, assez disséminée, ainsi que, en très faible proportion, de la blende, de la pyrite et de la chalcopyrite. Le site de Valle Calde a fait l’objet d’une exploitation à la fin du 19e siècle. Exploité pour son minerai de cuivre (calcopyrite), les travaux, qui ne sont pas à la hauteur des espérances, sont interrompus rapidement, puis reprennent en 1907 pour fournir quelques tonnes de minerai. Les puits et galeries sont aujourd’hui en partie effondrée et difficilement accessibles.

Les travaux de Ferraghiola se situent en bord de mer. On y trouve une galerie principale, orientée nord-sud, d’une longueur de 18 mètres et comprenant deux départs de galeries secondaires orientées est-ouest d’environ 10 mètres de longueur. Ce site semble avoir fait uniquement l’objet de travaux de recherche. Des traces de forets de plusieurs diamètres (attestant l’utilisation de l’explosif pour l’extraction de la roche et des minerais), sont toujours visibles sur les parois des galeries. La minéralisation apparaît assez complexe (pyrite, blende, galène).

D’autres lieux d’extraction sont attestés par la documentation, mais difficilement visibles, noyés par les eaux ou enfouis sous le maquis. Autour du grand couloir, de nombreux forets sont restés en place, figés dans la roche. Des trains de chiens de mines et de multiples fragments de métaux sont visibles, en contrebas des haldes, le long du cours de la rivière. A moins d’un kilomètre à vol d’oiseau de la mer, l’usine de l’Argentella est installée sur la rive droite de la rivière de Cardiccia. Le bâtiment destiné au traitement du minerai est construit en blocs de granite jointés, avec des chaînages d’angle, des arcs de décharge et des encadrements de baies en briques rouges comme pour les voûtes en berceau de l’étage de soubassement. Le minerai y était broyé, concassé, passait sur tamis, sur cribles ou trommel, pour être enrichi, mais n’était pas transformé sur place en métal.

A proximité de l’usine un autre bâtiment abritait des logements et des locaux administratifs. Sa façade est surmontée d’un fronton arrondi, décoré d’un oculus, de volutes et d’une corniche en cavet moulurée. Ce bâtiment de belle facture est également construit de blocs de granites et de briques rouges sous une charpente et des planchers d’étages en bois, aujourd’hui disparus. A l’intérieur, on aperçoit, sous un enduit de chaux, des cheminées avec leurs conduits. Les trois niveaux qui constituent le bâtiment (un sous-sol ; un rez-de-chaussée surélevé ; un étage carré) sont organisés en pièces délimitées par des cloisons et des portes de communication.

( Merci à Pierre-Jean Campothiers.)